08 avril 2008
La supérette du camp de nudiste
Un de mes lecteurs — vous le reconnaitre sans peine à ses commentaires — me reproche, tantôt avec hargne, tantôt avec sympathie, de raconter des histoires. Pour affirmer cela il s'appuie sur mon expression "camp de nudistes" alors que, dit-il, seuls les "textiles" emploieraient cette expression alors qu'il faudrait dire "camp de naturistes". L'argument est spécieux et, pour ma part, je continuerai à employer camp de nudiste car, faut-il le rappeler, je n'y suis pas allé par idéologie mais par semi-obligation. J'affirme que tout ce que je dis ici est vrai puisque je le dis. A l'époque, mon père possédait deux usines de produits laitiers (yaourts, fromages, crèmes diverses) plus une série de camions de vente avec lequel ses vendeurs sillonnaient la région ainsi que quelques supérettes certaines permanentes, d'autres saisonnières. Celle dont je parle, celle du camp de nudiste, était saisonnière aussi n'avait-elle pas d'employé permanent. L'été, pour celles situées en bord de mer, ou l'hiver, pour celles situées en montagne, il employait du personnel temporaire. Pour mes dix sept ans, désireux de montrer que je pouvais faire preuve d'une certaine indépendance, j'avais demandé de m'occuper de l'une d'elles, ce fut celle-là.
Pour prouver que je ne mens pas — car à quoi sert une autobiographie si elle est fictionnelle — je vais vous en donner une description et ceux qui y ont séjourné pourront le reconnaitre. Ce camp était situé en bord de mer sur un terrain placé entre une longue plage large d'environ vingt mètres de sable ocre mêlé de débris de coquillage et une route départementale, celle-ci à environ cent mètres de la plage. Entre la route et la plage, un bosquet de pins maritimes permettait au camp (entouré par ailleurs d'un grillage assez haut) d'être à l'abri des regards indiscrets. Le camp lui-même était constitué d'un terrain, situé sous les arbres, ouvert aux campeurs et à quelques caravanes, d'une dizaine de bungalows proposés à la location, d'une supérette en planches peintes en vert dont j'ai eu un été la charge, d'un café-restaurant en bois, blanc et bleu, donnant directement sur la plage et dont la terrasse était constituée d'un caillebotis posé directement sur le sable. L'accès au camp se faisait par un portail où des gardiens (l'année où j'y étais, ils s'appelaient Marco, Julien et Edmond — mais je n'y suis resté que du 1 juillet au 15 août) se relayaient pour filtrer les entrées, l'accès n'étant possible que sur réservation préalbale ou sur invitation d'un résident.
Ma supérette elle-même couvrait une surface d'environ cinquante mètre carrés avec trois banques frigorifiques, trois allées bordées d'étagères de marchandise et une caisse à l'entrée avec écran de vidéo-surveillance alimenté par trois caméras me permettant de surveiller tous les rayons. A l'arrière, une petite pièces d'environ quinze mètres carrés, donnant sur le magazin par une porte, me servait de lieu de repos et de chambre à coucher.
La population du camp était constituée de cadres moyens (beaucoup d'enseignants) et plutôt familiale. La moyenne d'âge devait être d'une trentaine d'années mais il y avait cependant de nombreux enfants et quelques rares personnes âgées, en général des habitués. Beaucoup des résidents se connaissaient pour être venu au camp plusieurs années de suite. Des activités distractives y étaient régulièrement organisées: pétanque, loto, bridge, scrabble… Les résidents sortaient peu du camp.
Que vous dire de plus? Je ne peux tout de même pas, au risque de violer des anonymats, vous donner des noms… Il faudra donc me croire sur parole.
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