25 mars 2008
De la frustration
Nombre d'entre vous se plaignent que "je ne suis pas assez interactif", c'est-à-dire que je ne réponds pas assez à leurs messages? Qu'en savent-ils? Ce blog est lu par plus de 100 000 personnes, plus de 500 par jour et si je réponds — ou réagit — à certains messages, je ne peux matériellement pas répondre à tous.
Je n'ignore pas ce qu'il y a de frustrant dans cette attitude mais… la frustration ne fait-elle pas partie du plaisir? Personnellement je n'aime pas quand le désir ne rencontre ni résistance ni obstacle car j'ai besoin de conquérir et les (rares mais cependant réelles) fois ou une femme, un homme s'est offert à moi pour une satisfaction immédiate (ne devrais-je pas dire consommation?) je n'en ai tiré qu'un plaisir modéré. Cela ne signifie pas pour autant que j'ai besoin de mener des combats, de faire durer indéfiniment le jeu baroque de la séduction, que je n'aime que ce qui résiste, encore moins que je préfère le viol au partage, je n'ai jamais violé personne et sais que le viol ne saurait me satisfaire… Non, rien de tout ça, mais il me faut, pour une jouissance totale, quelque barrière à franchir, un long et lent déshabillage où chaque vêtement est prétexte à attente, le franchissement de quelque tabou moral, une situation ambiguë ou équivoque, un lieu où je risque d'être surpris, une situation imprévue… L'érotisme est, pour moi, incompatible avec la routine, changer, changer quelque chose dans la relation, est un piment indispensable…
Bref, ne pas répondre à tout le monde, en dehors de l'impossibilité matérielle, est aussi une recherche délibérée de retardement du plaisir. Lectrices, lecteurs, il faut aussi apprendre à me séduire.
06 mars 2008
Du sentiment
Depuis quelques temps, me semble-t-il, mes souvenirs tendent à devenir sentimentaux. S'attendrir sur soi-même, rien de pire. Le plaisir du sexe, s'il ne s'oppose pas au sentiment, n'a pas besoin de lui et la plupart de mes rencontres érotiques en étaient dépourvues. Du moins de ce sentiment mou, gluant, glauque… qui fait partie de la vulgate amoureuse. Pour baiser nul besoin d'aimer. Pour aimer le sexe est indispensable. Ni symétrie ni égalité: souvent j'ai baisé pour baiser. Parfois j'ai aimé. La plupart du temps, non. La sexualité nous est plus fondatrice que les sentiments qui ne réclame que des actes.
Envers la plupart des femmes et des hommes (des hommes surtout, peut-être) avec qui j'ai fait l'amour, je n'ai jamais rien éprouvé d'autre qu'une urgence physique, le besoin irrépressible de me mêler à eux, à leur corps, d'agir sexe à sexe — retour à une animalité primitive si nécessaire à la preuve d'existence. Non que je n'ai parfois, après l'amour, éprouvé quelque chose comme une reconnaissance du plaisir ressenti, une satisfaction du corps débordant sur l'être affectif poussant à rester quelques minutes encore dans la sueur et la plénitude rassasiée l'un de l'autre. Mais la plupart du temps, rien de tel, au contraire, je ressentais souvent une certaine gêne à me séparer, trouvant presque incongru de me voir alors avec cet autre pour lequel, plaisir pris, je n'éprouvais plus rien et dont il me tardait de me détacher.
L'amour est toute autre chose que je n'ai que très rarement éprouvé.
