11 décembre 2007
Fétichisme
Je suis un homme très ordinaire, mais il faut cependant que je vous parle de mes objets fétiches, ceux dont la vue seule me met dans un état de pré-excitation érotique ou décuplent mon plaisir quand je les rencontre en faisant l'amour. Je crois que chacun d'entre nous a ainsi un ou plusieurs objets de cette nature et, si ce n'est pas le cas, c'est qu'il ne les a pas encore trouvés car l'être humain tend à érotiser sa relation au monde et, pour cela, utiliser divers objets qui peuvent être transactionnels ou — comme me le fait remarquer un de mes attentifs lecteurs — transitionnels car il y a là plus qu'une nuance. Pour satisfaire à vos commentaires, il faut donc que je définisse, situation vous l'avouerez un peu difficile dans un récit. Je vais donc m'efforcer de le faire dans deux nouveaux "messages" respectivement intitulés "transactions" et "transitions"… Cependant laissez-moi un peu de temps. J'essaierai de plus de ne pas faire de "fautes" quoique… la faute me semble consubstantielle (n'y voyez pas de jeu de mot…) à l'aveu érotique et je trouve "phélasion" plus excitant que "fellation", "Bèz" plus que "baise", "Q" plus que "cul", "sotdosmis" que "sodomie", "plusbien" que "pubien"… car il y en a en eux quelque chose d'une transgression, un refus —ou une ignorance— des convenances plus adéquate au propos, une rupture de la fluidité tranquille du langage, comme une hésitation du sens devant le saut vers le presque inconnu… Pourtant je n'en abuse pas. Il faut que j'y réfléchisse, qu'un de ces jours je vous propose un texte en ce sens.
Mais ce n'est pas sur ce seul point que je ne suis pas cohérent avec ma pensée.
07 décembre 2007
Mises à nu
Bien que, comme vous vous en doutez, je n'ai pas de problème matériel (peu-être même à cause de cela car héritier n'est pas un statut social), ma vie est des plus médiocres et le "je" que je pourrais exprimer dans une autobiographie n'aurait rien d'important ni d'intéressant à révéler pour quelque lecteur que ce soit. Rien qui mérite la moindre esquisse de narration. Mon "je" est un "je" vide.
Seule, me semble-t-il ma vie sexuelle présente quelque intérêt. Du moins est-ce dans ce domaine que je parviens à m'épanouir. Mais rien qui puisse s'apparenter à un quelconque "récit érotique", il n'y a pas de continuité, tout érotisme est morcelé, fragmentaire, discontinu, désarticulé, partagé entre de sublimes sommets d'extase et des gouffres d'abattements moraux insondables. Je ne suis que lorsque je baise; je baise donc je suis. Mais il m'est impossible (qui le pourrait?) de baiser en continu: post coïtum animal triste, les moments de jouissance extrême rabattent sur l'insupportable les moments où rien de tel n'a lieu. Entre deux périodes d'amour physique je suis comme un alcoolique assoiffé qui n'a plus d'autre vision dans l'existence que celle de l'alcool qui lui manque. Vieille thématique poétique de la séparation: en dehors de l'amour physique, je ne suis plus moi-même, tout m'est absence et séparation et je n'ai jamais connu d'autre amour que de cette sorte. La passion, cette gélatine molle qui va du rosâtre au rouge-sang, qui continue à entretenir d'innombrables radotages sentimentaux et fait la richesse de la plupart des séries télé est un sentiment qui me reste inconnu. Pourtant je ne suis pas un érotomane et ne crois pas être enfermé dans cette obsession car par ailleurs je vis. Pas de façon flamboyante certes mais je vis…
23 novembre 2007
la peau
Mon premier plaisir érotique est de goûter la saveur sans cesse renouvelée de la peau sur la peau. Je ne veux pas parler du goût de la peau que procure la sensation sublime d'une peau léchée, mordillée, respirée mais de celle directe, immédiate de la peau au contact de la peau ou plutôt des peaux sur des peaux car, suivant la partie du corps concernée, les sensations des peaux peuvent être très différentes: doigts sur l'aréole d'un sein, cuisse contre cuisse, main sur un ventre ou un sein, nez contre nez, cuisse sur un ventre, paume contre paume, paume sur l'arrondi sublime d'une fesse, et cette caresse toujours inouïe du bout sensible des doigts sur la peau électrique des testicules, sans parler des sensibilités inouïes du prépuce… autant de variations inépuisables et chaque fois aussi constantes. Et ne parlons pas des muqueuses…
A l'opposé du sens un peu trop alimentaire du goût, que l'on ne peut ni ralentir ni retenir, qui n'est pas réversible, et dépend si goulument de la plénitude de la poche stomacale, la peau est un admirable organe étendu, mince et subtil, le seul qui puisse, pour ainsi dire, jouir de son organe jumeau: d'autres peaux, d'un grain égal ou différent, d'une tactilité, d'un dépoli sensible… Le regard seul a cet immédiat dans la réponse…, mais voir est si différent d'être vu; cependant que toucher est le même geste qu'être touché…
Et cependant les poètes et grands imaginaires, si féconds en échanges d'âmes à travers les prunelles, à travers des mots et la voix, à travers des moments spasmodiques si grossièrement réglés par la physiologie, — les poètes ont peu chanté l'immédiat, le charme, la jouissance de la peau, de la peau sur la peau, grain à grain, pore à pore.
